Pas très simple pour certains de juger de la qualité d'une oeuvre. Purement subjectif, après tout les gouts et les couleurs... Mais voilà, le j'aime/ je n'aime pas est
une des facettes de la personnalité tout dépend maintenant comment c'est argumenté. Alors voilà 6 de nos candidats ont joué le jeu. Je vous laisse découvrir, apprécier et voter pour votre
candidat préféré. Les noms sont volontairement masqués ( et ranger dans un ordre différent que la première épreuve) pour que le jugement ne se fasse que sur l'épreuve à chaque
fois. Les résultats seront annoncés dans une semaine (promis j'essaie de ne pas me tromper dans les dates...)
Candidat n°1:
j'aime provoquer des sourires.
Mais moi une femme comme la joconde qui ne sourie que légèrement je trouve ca mignon certes mais pas suffisant.
Ce que j'aime le plus c'est provoquer des sourires, et surtout des beau grands sourires qui montrent de belles rangées de dents.
Alors la joconde non elle a pas dut se marrer à poser pour l'autre vieux croulant, faut croire qu'il connaissait pas de bonnes blagues de Toto. Et ca c'est impardonnable.
Une fille faut la faire rever, et aussi rigoler.
Bon ensuite la tenu, les couleurs, le vert bronze ca fait deux saisons que c'est plus à la mode. Alors qu'un joli pull en laine fushia sur un chemisier blanc perle ca c'est stylé.
Aucun décolleté, le tissu tombe mal. c'est un drame.
Donc je vote oui pour le relooking de la joconde.
ce tableau heureusement qu'il est au musée ca évite de l'avoir chez soit.
Candidat n°2:
Comme « œuvre », je choisis Da Vinci Code, de Dan Brown (le livre donc, pas le film).
Ca date un peu, mais du coup ça me permet de révéler des morceaux de l'intrigue sans trop d'état d'âme (je présume que ceux qui ne l'ont pas lu ou vu sont des gens qui ne veulent pas le lire ou
le voir). Malgré tout, je vais éviter de balancer des gros spoilers histoire de... On sait jamais.
I L'intrigue :
Un petit résumé s'impose peut-être pour celles et ceux qui n'auraient pas tout suivi.
Le conservateur du Louvre, Jacques Saunières, est poursuivi par un assassin de l'Opus Dei au sein même du musée. Etant très malin, il s'accroche à un tableau, pour déclencher le système de
sécurité qui fait tomber instantanément des grilles de sécurité en cas d'infraction, se piégeant ainsi dans une galerie du Louvres, mais laissant son assassin (muni d'une arme à feu) derrière la
grille (libre de s'enfuir donc, et tout à fait en mesure de faire usage de son arme). L'assassin l'interroge sur une « clé de voûte » qu'il recherche. Saunières répond un gros mensonge qu'il
avait préparé il y a longtemps. L'assassin lui tire dessus mais ne le tue pas instantanément. Il tente de viser la tête mais il n'a plus de balle dans son arme (il a des chargeurs sur lui mais
décide de les économiser), laisse donc Saunières se vider de son sang comme un grand.
En fait, on apprend vite que Saunières était le grand chef d'une confrérie secrète appelé le Prieuré de Sion, et qu'il est le dépositaire d'un grand secret. Avant de mourir, il a le temps de
laisser des indices et des énigmes qui vont conduire sa petite-fille Sophie Neveu et un professeur américain, Robert Langdon, sur la piste de ce secret.
J'invente rien, ce sont les premières pages du livre, et on nous fait déjà le coup du revolver vide (il est très courant que les assassins viennent sur les lieux de leur meurtre avec une unique
balle dans leur chargeur). Et je vous l'annonce, tout le déroulement de l'histoire va être basé sur des rebondissements archi-classiques, sur des coïncidences bienheureuses (ou malheureuses,
selon le point de vu d'où l'on se place), sur des révélations à l'arrière goût de clichés cinématographiques...
Mais je vois que votre intérêt s'est éveillé à la mention de Prieuré de Sion et d'Opus Dei. Je préfère vous refroidir tout de suite : ces noms ne sont là que pour attirer le chaland.
L'intervention de l'Opus Dei, bien qu'importante dans le livre, est paradoxalement anecdotique et, en réalité, on sent bien que ce n'est là que pour placer ce nom d'Opus Dei. D'abord parce que
lorsqu'on apprend pourquoi l'Opus Dei est impliqué, on se dit qu'il aurait été infiniment plus simple et beaucoup plus cohérent de la part de l'impliqueur de procéder autrement, et de ne pas du
tout y faire appel. Et ensuite, on se rend compte que l'auteur se retrouve bien encombré avec ses personnages de l'Opus Dei à la fin, et qu'il s'en débarrasse un peu dans un coin, vite fait.
Le Prieuré de Sion, lui, est plus intéressant. Enfin, le serait-il s'il avait la moindre existence historique. Etant donné que ce n'est pas le cas, il ne se retrouve être qu'un simple élément
romanesque (ce qui n'est pas du tout critiquable dans un roman), auquel on ne croit pas une seule seconde (et ça, c'est plus grave) tellement il est rendu inconcevable de par le nombre de
personnalités historiques que l'auteur s'amuse à mettre dedans.
Le tout est donc un abracadabrant jeu de piste, même pas digne des Goonies, avec tous les problèmes posés par ce genre de déroulement d'histoire. A savoir que Jacques Saunières avait parfaitement
prévu que sa petite-fille et son ami le professeur comprendraient toutes les énigmes, mais qu'ils soient les seuls au monde à pouvoir le faire. Il devait être sacrément devin le Saunières...
Enfin tout ça c'est des éléments classiques de films, avec lesquels on a appris à vivre, mais ils sont vraiment omniprésents dans le Da Vinci Code, et ce n'est jamais sauvé par quoique ce soit
d'autre.
II Les personnages :
Si vous aimez les personnages monochromatiques, avec un nom, un âge, une profession, et des phrases toutes faites, ce livre est fait pour vous. Si au contraire, et comme toute personne sensée,
vous demandez à un auteur de soigner un tantinet ses personnages, vous pouvez passer votre chemin.
- Robert Langdon : C'est le personnage principal du roman. Professeur américain, spécialiste mondial du symbolisme et de l'iconographie, il est beau gosse, il a de l'argent, il a du succès... Un
seul défaut : il est claustrophobe. Vous avez l'impression d'avoir vu ce personnage 200 fois dans d'autres fictions ? C'est normal, il n'a aucune originalité, il est parfaitement inconsistant, et
n'a pratiquement aucune réaction/émotion crédible pendant tout le livre (il n'a pas peur quand il est menacé par une arme à feu, il ne s'inquiète pas quand la police est à ses trousses et qu'il
est contraint de fuir alors qu'il est innocent...) Sa capacité spéciale consiste à penser des choses du genre « mais oui, tout cela était parfaitement logique » ou « cette pièce s'assemblait
parfaitement dans le puzzle », à peu près une fois toutes les 20 pages, particulièrement au moment des révélations invraisemblables ou des explications boiteuses. Se pourrait-il que Dan Brown
essaie mine de rien de justifier ses pirouettes scénaristiques ? Et bien entendu, il va tomber amoureux de la nana du livre (au bout de 24 heures passées ensemble).
- Sophie Neveu : C'est la petite fille de Jacques Saunières. Quand elle était petite, son grand-père lui faisait résoudre plein d'énigmes, elle savait compléter des grilles de mots croisés
complexes en français et en anglais dès ses 11 ans, et elle est devenue une experte en cryptologie. Bien entendu, elle est très belle et a les cheveux auburn (pourquoi toutes les filles
scientifiques des fictions ont-elles toujours les cheveux auburn, hein ?). Pas grand-chose de plus à en dire, c'est un peu le problème. Elle va naturellement tomber amoureuse du héros.
Voilà pour les deux personnages principaux, il y en a d'autres mais vu le peu qu'il y a à dire sur eux, ça ne vaut pas le coup de les mentionner. Bon, pour le plaisir, voici à quoi ressemble
l'assassin :
- Silas : C'est l'assassin chargé du meurtre de Saunières. Il a été méticuleusement choisi : il est grand, albinos, a des yeux rouges luisants, se balade en robe de bure (tout ça pour renforcer
sa discrétion, c'est pas le genre de type qu'on remarque et qu'on peut identifier ensuite hein ?), il a déjà fait de la prison (pour être bien sûr qu'il est fiché), et il porte sur la cuisse une
lanière pleine de pointes lui entrant dans la chair au moindre mouvement (c'est toujours bon d'avoir une faiblesse ainsi affiché).
Et oui, c'est l'assassin parfait, j'aurais choisi le même.
D'une manière générale, les personnages ne sont là que pour entretenir le dialogue. Le duo Sophie/Robert va vite engager un troisième compagnon dans la personne de Sir Leigh Teabing, et très
franchement, lorsqu'ils parlent ensemble, on pourrait redistribuer les différentes phrases autrement entre les protagonistes sans que ce soit choquant (surtout celles de Langdon et Teabing).
III Le style :
Et là, c'est le drame... Bon, je ne suis pas un critique littéraire, je ne prétends pas pouvoir juger du style d'untel ou untel, par contre je peux à peu près détecter l'absence de style et
l'écriture complètement plate, ce qu'on trouve ici. Mais pire que ça, Dan Brown a quelques tics agaçants.
Déjà, Da Vinci Code est le premier livre que je lis avec des chapitres de moins de deux pages (et c'était une édition poche). Techniquement, des chapitres courts, ce n'est pas gênant, sauf que
l'auteur utilise une méthode de narration consistant à sauter d'un groupe de personnages à l'autre à chaque changement de chapitres. Alors quand les chapitres font une trentaine de pages, on a le
temps de s'installer, mais quand on change de cadre toutes les 5 pages, c'est assez pénible (surtout qu'il n'y a pas grand-chose à lire à chaque fois).
Un petit exemple (fictif, mais à peine) :
- Discussion entre Sophie et Robert au Louvre, à la fin, Sophie dit qu'elle a compris l'énigme (7 pages)
- Mgr Aringarosa entre dans une voiture à Rome (4 pages)
- Silas s'approche d'une église (2 pages)
- Sophie et Robert découvrent une nouvelle énigme (6 pages)
- Mgr Aringarosa repense à sa dernière visite au Vatican (5 pages)
- Silas entre dans l'église (2 pages)
etc.
Autre habitude pénible de l'auteur : le personnage qui voit/sait quelque chose et le lecteur n'est pas mis au courant. C'est un procédé courant, mais là, je pense qu'il y a plus d'une vingtaine
d'exemples dans le livre.
Robert regarde une photo, on ne saura pas ce qu'il y a dessus avant le prochain chapitre sur lui. Robert voit un message, mais le lecteur ne sait pas ce que c'est.
Sophie repense à un évènement de son enfance, il va falloir qu'elle se le remémore au moins 4 fois avant que le lecteur ne soit mis au courant de ce que c'est.
Lorsque Mgr Aringarosa repense à sa dernière visite au Vatican, on ne saura pas non plus ce qui s'est passé avant la troisième évocation.
Et j'en passe, dont tous les « J'ai compris ! En fait, la solution est... » suivis d'une fin de chapitre.
Histoire de ne pas juste être un écrivain médiocre, mais de passer aussi pour un gros prétentieux, Dan Brown ne peut pas s'empêcher d'étaler sa science, à tout propos, particulièrement quand
c'est inutile pour l'intrigue.
Dès qu'il parle d'un bâtiment, il nomme celui qui l'a fait bâtir (voire parfois l'entreprise qui l'a construit et son coût), il raconte plein de faits historiques qui n'ont rien à voir avec les
faits du livre, etc.
On a vraiment l'impression qu'il s'est bien documenté sur plein de choses (ça, c'est plutôt bien) et qu'il a essayé de caser tout ce qu'il a appris dans son livre, à n'importe quel prix (ça,
c'est moins bien).
Autre petit détail prétentieux, à deux reprises, Langdon va afficher un petit mépris à l'égard des films hollywoodiens, l'auteur sous-entendant que son livre est bien au-dessus d'eux. Raté...
Parfois Dan Brown s'essaie aux figures de style, voici ce que ça donne (à peine caricaturé, ça doit tenir sur 10 lignes au lieu de 3) :
« C'est Mitterrand qui a fait construire la pyramide du Louvre, il était surnommé le Sphinx. J'y vais pour y rencontrer un commissaire surnommé le taureau. J'entre dans la pyramide du Sphinx pour
y rencontrer un taureau. »
L'auteur a dû aimer la comparaison du commissaire en question d'ailleurs, puisqu'à chaque fois qu'on va le voir, on aura le droit à un « il marchait comme un taureau » (dont une fois environ 10
lignes plus loin que l'exemple donné au dessus.
IV Les maladresses :
Malgré tout ce qui précède, on pouvait encore espérer que le livre accroche le lecteur, c'était sans compter toutes les maladresses qui le parsèment, voici des petits exemples (non exhaustifs,
sinon j'en révèle trop)
- Les compétences des personnages rapportés aux énigmes.
Comme je l'ai dit, les personnages mis en scène sont hors du commun, Sophie a été surentraînée par son grand-père aux jeux de l'esprit et est maintenant experte en cryptologie, Robert est un
historien professeur à Harvard, expert mondial de symbolisme religieux. Ces deux grosses têtes vont mettre un temps incroyablement long pour déchiffrer un anagramme (les mêmes que dans Mickey
Enigme). Pire, quand ils auront compris et déchiffré les deux premiers, ils vont se retrouver devant un troisième et ne pas penser que ça pourrait en être un...
(notons que tout le service de cryptologie de la police va échouer devant les anagrammes)
Un peu plus tard, on les verra se creuser la tête bien longtemps devant de l'écriture en miroir. Déjà, non seulement ça doit être assez reconnaissable, mais en plus, c'est tellement classique
(surtout lorsqu'ils savent que l'auteur du texte est un fan de Léonard de Vinci).
D'une manière générale, les énigmes sont donc toutes bidons et les super experts spécialistes passent pour des bons à rien. C'est le problème de mettre des personnages hors du commun dans un
livre destiné au commun des mortels. Il faut que le lectorat comprenne les énigmes, donc les compétences extraordinaires des personnages ne servent à rien (ou alors, l'auteur était incapable de
créer des énigmes à la hauteur de ses personnages).
- Le Maître au rabais
Le grand méchant de l'histoire est un mystérieux grand maître, manipulateur dans l'ombre, qui est présenté au départ comme une intelligence supérieure.
Ensuite, on se penche sur ses actions et sa crédibilité en prend un coup.
Déjà, il est touché par le syndrome « méchant de James Bond » et il va gentiment laisser à ses adversaires tout le champ libre pour le doubler et le battre dans la chasse au trésor (sachant qu'il
avait largement les moyens de les mettre hors course, et ce à de nombreuses reprises).
Ensuite, je ne peux pas m'empêcher de dévoiler la façon dont il va se débarrasser de deux personnes : à la première, il va faire manger des cacahuètes alors que la personne est allergique, pour
la seconde, il va le déposer quelque part et il va appeler la police pour qu'elle l'arrête. Waaa... Tout cela est vraiment diabolique...
- Déchaîne la fureur... pour rien
Sophie et Robert vont rapidement être recherchés par la police. Le responsable en charge va mettre tous les moyens disponibles pour les arrêter, comme prévenir Interpol, mettre ses troupes
partout, etc.
Et au final, en général, voilà comment ça se passe : Sophie et Robert arrivent dans un lieu sans encombre, quelques temps après un gars de l'accueil/domestique voit à la télé qu'ils sont
recherchés par la police qui arrive plus tard, et les laisse s'échapper avec une négligence qui dépasse toutes les limites de l'incompétence.
Par exemple, la police encercle une banque dans laquelle se trouvent leurs suspects, un camion fourgon sort de la banque et la police le laisse partir sans le fouiller.
- La religion, c'était mieux avant...
Le livre se place en critique directe de la religion catholique, disant qu'elle est basée sur des mensonges, et qu'il existe un moyen de la faire s'effondrer enfin.
Bon, ça, ok.
Mais tout cela est mis en opposition avec les cultes qui existaient avant, qui sont présentés sous un éclairage positif. C'est plus une question de perception, mais c'est vraiment comme ça que je
l'ai ressenti.
Est-ce qu'on peut vraiment pointer du doigt le caractère manipulateur d'une religion et en favoriser d'autres ? Ca me semble un peu simpliste.
De cette manière, le Prieuré de Sion qui sont les gentils de l'histoire, détient le secret qui pourra mettre à bas la méchante église catholique, et avance des théories très concrètes et
raisonnables sur la véritable histoire de cette religion, mais ils s'adonnent eux-mêmes à un culte plein de salamalecs révérant une autre forme de divinité (culte qui va être défendu par le
personnage principal). D'un côté, une volonté de rationalité, et de l'autre des cultes et rituels ridicules, encore un bon gros coup dans la crédibilité.
- Scénario de film ?
En fait, tout dans le livre donne l'impression qu'il a été écrit dans le but d'en faire un film, et non un livre. Les personnages sont
très visuels, mais pas du tout travaillé psychologiquement, la plupart des scènes sont sous forme de dialogues, les clichés sont légion (on y retrouve même la sempiternelle poursuite en voiture),
les scènes s'enchaînent très vite... On est loin de la profondeur que devrait avoir un livre.
J'ai pas vu le film, mais le livre était clairement orienté pour en devenir un.
- La fin
Bon, je ne vais pas dévoiler la fin.
Sachez cependant que très objectivement, elle a plusieurs défauts :
1/ elle est attendue et largement téléphonée.
2/ elle est bâclée et beaucoup de personnages sortent de l'histoire en étant jetés par l'auteur qui n'avait pas l'air de savoir comment s'en débarrasser.
3/ la façon dont les personnages la prennent la rendent invraisemblable, il y a des révélations fortes qui laissent indifférents et de nouveaux personnages entrent en scène qui n'ont aucune
substance. Je vais spoiler un peu : l'un des personnages va apprendre l'existence d'un frère, et n'en aura rien à battre. Même Skywalker a été plus convaincant en apprenant l'identité de son père
(c'est dire).
V En conclusion :
Clairement le succès de Da Vinci Code n'est pas du tout mérité et repose entièrement sur l'utilisation de thèmes populaires comme la religion, comme les sociétés secrètes (qui marchent du
tonnerre en ce moment), ou comme les jeux de piste (surtout que les énigmes simples donnent au lecteur l'impression d'être intelligent), le tout légitimé par quelques noms connus donnant une
vague impression de véracité historique (ce qui n'est pas vraiment le cas, et qui reste de toutes façons une impression de surface, puisque rien n'est creusé).
Enfin, sur des thèmes similaires mais avec une maîtrise et un talent infiniment plus prononcés, je vous conseille le Pendule de Foucault d'Umberto Eco.
Candidat n°3:
J'aime pas Lost.
J'aime pas Lost, parce que tout le monde en parle.
J'aime pas Lost, parce que quand les gens en parlent pendant des heures, c'est chiant.
J'aime pas Lost, parce que quand les gens découvrent que tu
n'aimes pas, leur seule réponse c'est : "quoi? tu n'aimes pas?" d'un ton dédaignant.
J'aime pas Lost, parce que j'aime pas cette idée d'ile déserte
avec des trucs bizarres.
J'aime pas Lost, parce que tout les mecs sont beaux et les filles supers mignonnes... et ça c'est pas
possible!
J'aime pas Lost, parce que si tu te trouves sur une île déserte avec que des belles gosses, bah t'as pas
envie d'en partir.
J'aime pas Lost, parce qu'au bout de la deuxième saison, l'île déserte elle est pas si déserte que
ça!
J'aime pas Lost, parce qu'au bout de la troisième saison, tous les gens qui ne juraient que par ça, trouvent ça nul.
J'aime pas Lost, parce mon père ressemble soit disant au chauve et que je le saurais si mon père (ce héros) avait joué une série.
J'aime pas Lost, parce que c'est complots sur complots et qu'à Koh Lanta ils font la même.
J'aime pas Lost, parce que je préfère weeds et que la saison 3
est toujours aussi bonne.
Enfin j'aime pas Lost, parce que... un point c'est tout!
Candidat n°4:
Lie on Smurff.
Alors, oui, bien sûr : je pourrais la jouer basique et choisir un truc que la majorité des gens abhorre. Un discours de politicien ou un enregistrement de bruit par Slipknot.
Mais attendez, j'crois que vous n'avez pas compris : d'une part on a dit une oeuvre, d'autre part moi je suis là pour démontrer que j'ai de la personnality, que je ne suis unique derrière mon
uniforme social commun. Alors, vous n'avez pas d'autres suggestions ?
On pourrait la jouer péteux et choisir un truc que personne ne connaît afin de discourir sur ce qui est abject ou insignifiant en cette œuvre. Par exemple, je pourrais vous parler
d'un concerto dont le son est trop pourrave parce que Schubert l'a enregistré un jour où il était bourré. Bref, un truc que tout le monde aura trop envie de rechercher sur Daily Motion pour voir
si c'est vrai ce que je raconte.
J'ai donc choisi une œuvre que je trouve à chier et, surtout, sur tout méprisable : le LIONS club.
Le Lions Club est ce qu'on appelle, en langage cul de poule, "une œuvre de charité" sauf qu'il s'agit en fait d'un paravent à la con : une assemblée de CSP ++ qui vient là pour se
donner bonne conscience.
Henry va au Lions Club car il gagne en 3 mois le salaire annuel d'un SMICARD et que c'est pas cool de ne pas être généreux quand on gagne autant, non vraiment c'est pas
gentil.
Henry va au Lions Club car il veut montrer à d'autres personnes qui vivotent dans le même milieu friqué que LUI, à quel point il est attentif, LUI, à la souffrance
humaine et à quel point il est charitable, LUI. Ca n'empêche pas Henry de défiscaliser à mort pour éviter de payer trop d'impôts, impôts qui pourraient être utilisés, eux, pour financer le
trou de la sécu ou les soins aux personnes en détresse. Mais ça il s'en fout, Henry. Son esprit petit bourgeois tient simplement à s'acheter une place au paradis en montrant à Dieu à quel point
il est gentil. Mais attention, de son vivant, il tient également à s'acheter une bonne conscience et une image de gentil afin de pouvoir se rouler avec volupté dans le regard admiratif des
gens.
C'est une hypocrisie qui me donne envie de gerber. Comme si Dieu n'avait pas senti le fayotage à 3 kilomètres… Bah oui Henry, t'étais pas au courant qu'il était omniscient
Dieu ? Tiens, t'as gagné le droit de faire une action à forte valeur morale ajoutée, t'as gagné le droit de te faire une auto euthanasie. Non, malheureux ! Ne dis pas le mot "suicide", Dieu va te
gronder (alors qu'il n'a rien dit sur l'euthanasie : c'est simplement les évêques de mon cul et les papes reac qui ont mis un gros doigt au concept)
Donc, n'hésite pas : fais toi une auto euthanasie pour avoir la satisfaction morale d'avoir soulagé l'être meurtri en toi par le poids écrasant de sa vie merdique.
Au fait…
Henry, qu'est ce qui t'empêche, de donner l'équivalent de ta cotiz du Lions Club à des organisations comme la Croix Rouge ou Handicap International dont l'efficacité n'est
plus à démontrer…?
Et surtout, et c'est ça le plus important, qu'est-ce qui t'empêche de donner cet argent de manière anonyme ? Avec tes relevés de banque, tu pourras toujours
prouver au fisc que tu n'as pas fait d'évasion fiscale mais une aide généreuse… Pardon ? Quesstudis ? Tu perdrais l'estime de tes voisins amis et connaissances ? Ah d'accord. Après la nuit
lumineuse, après le sombre soleil, après l'océan sec, voici donc Henry qui nous présente le symbole même du Lions Club : la Charité Intéressée! Merci Henry !
Pour rester dans l'esprit, je vais vous résumer ma pensée comme un gros hypocrite de Lions Clubeur. Je vais donc parodier une œuvre (cette fois ci pictourale), paraphraser
Matisse et vous avouer que lorsque je pense au LIONS Club, je pense à ça :
http://img169.imageshack.us/img169/8494/merde2kq5.jpg
Candidat n°5:
La difficulté de cet exercice réside dans le fait que je pars souvent avec d'énormes a priori sur le plan culturel. Par exemple, si je sens que tel film est une bouse je ne vais
pas me forcer, donc je suis rarement déçu au point de vouloir descendre en flamme une oeuvre. Cela dit je n'ai pas abandonné tout sens critique, et le terme oeuvre est suffisamment large pour
trouver matière à « languedeputer ». Sinon je peux toujours pondre un truc de mauvaise foi complète sur une oeuvre que je n'ai pas vu, lu ou entendu. Oui je suis le type qui va couper
court à tout débat par un « ah c'est une daube... il paraît ».
Oui, là il faut argumenter un minimum, ok.
Commençons par choisir la victime: prenons un film, plus facile de trouver un exutoire tant la production est vaste. Imaginez-vous avec vos potes(ses), y en a toujours un(e) qui a
téléchargé le dernier blockbuster et qui le propose. [comment il caresse le jury dans le sens du poil en féminisant tout, le gros naze!] Bref, dans l'affaire vous ne pouvez rien
dire, vous ne payez pas de tickets ou de DVD, une pizza à la rigueur mais vous pouvez difficilement en faire un argument contre. Vous vous persuadez que Jim Carrey est parfois drôle, et que le
titre «Bruce Tout Puissant» est prometteur. Mais au fond, vous craignez le pire, une part de vous sait parfaitement qu'elle va s'emmerder. Vous passez donc en mode cynique, relevant les
incohérences du scénario, les approximations de la réa, les décolletés de Jennifer Aniston. Et même si vous pouffez parfois de rire, c'est juste par solidarité, vous voulez pas snober vos potes,
certainement pas parce que Jim la grimace est drôle.
C'est le genre de film qui vous donne l'intime conviction que vous seriez un talentueux scénariste si vous le vouliez, acteur-réalisateur aussi tant qu'on y est. Si le tâcheron qui
pond une comédie pour ado par an y arrive, il n'y a pas de raisons. Vous ruminez votre frustration comme le beauf qui « aurait pas mis Chabal sur la touche, bordel » s'il
était sélectionneur de l'équipe de France. Vous loupez une bonne partie du film, occupé par votre procès à charge, ce qui n'empêche pas de constater l'affligeante morale de fin. Un truc du genre
« attention à ce que vous souhaitez, arrêtons de nous plaindre, c'est pas facile d'être dieu tout ça ». Le tout enrobé de religiosité à en faire ressortir son petit
anticlérical illustré. Alors que finalement, prenez un film comme Dogma qui aborde aussi la question mystique avec dérision, le résultat est bien meilleur: moins de mièvrerie, plus de provoc. Pas
le même humour ni le même public, me direz vous, mais « Bruce TP » fut suffisamment un succès pour que « Evan TP » voit le jour, avec l'inénarrable Steve Carell....Autant dire
que Bruce passe pour hilarant à coté. Il paraît....
Candidat n°6:
Commenter une œuvre qui ne me plait pas ! Voila un exercice auquel je ne me suis pas frotté depuis longtemps et pour tout vous dire, je n'en raffole pas… J'ai l'impression de
me retrouver sur les bancs de la fac !!!!
Alors, mon choix se portera sur une œuvre d'un grand maitre de la peinture : Pablo Picasso, et je choisirais le tableau : « Jeune fille devant un
miroir ».
Peut être trouverez vous ca étrange de l'appeler « grand maitre » vu que je sélectionne une de ses œuvres comme ne me plaisant pas, mais cela ne signifie pas que je
n'apprécie pas l'intégralité de ses œuvres…Un jugement est par définition très subjectif, je ne prétends donc pas détenir la vérité, je vais juste essayer de vous explique pourquoi cette œuvre
n'est à mon sens pas la meilleure qu'il ait peinte.
Elle ne me plait pas car je considère qu'il a excellé dans bien d'autres toiles, mais je conçois tout à fait qu'elle puisse plaire.
Ce qui me dérange, c'est le côté trop géométrique de cette toile. Je parle de cette toile, mais je devrais parler plutôt de toute cette période. Il n'y a pas de réalité pour moi
dans ce dessin. C'est un assemblage de formes qui personnellement ne me transporte pas. A l'inverse, son génie peut me ravir dans des toiles aussi simplistes que « Femme », « Blue
nude » ou « Têtes et main », car là, l'imagination peut travailler. Si j'ai choisis de vous parler de ce sujet, ce n'est pas que je sois un grand connaisseur en matière de
peinture, mais j'aime bien regarder de belles toiles, bien que je sois plus sensible à l'impressionnisme… d'autre part, les femmes sont omni présentes dans la majorité de ses œuvres !! Et
quand on parle de femmes, forcement, ca me passionne… Alors vous comprendrez que le contexte s'y prêtait !
Un exemple, ses oeuvres faites de quelques traits, quelles marveilles! Ces esquisses en montrent juste assez pour nous donner envie de nous imaginer le reste. Alors que dans la toile que j'ai
sélectionnée, ilmontre déjà beaucoup trop de choses, les couleurs sont agressives, je n'ai pas envie de connaître cette jeune fille devant son miroir...